Accueil des réfugiés : retrouver quand même le sourire
Alors que le déconfinement s'amorce, que garderons-nous de ces mois suspendus par la pandémie ? Le documentariste et auteur Michel Samson, a proposé à Marsactu de traquer les petits et les grands changements dans nos quotidiens qui pourraient bien laisser des traces sur le long terme. Une série de chroniques à découvrir ce printemps.
Lundi 20 h 30. Romain, l’animateur de Ramina (Réseau d’accueil des minots non accompagnés) attend devant le commissariat de Noailles sur la Canebière : c’est l’heure de la maraude quasi quotidienne que Ramina organise pour loger ces mineurs isolés que le département devrait loger sur l’heure. En 2020-2021, c’est là que ces maraudeurs ont rencontré l’essentiel des jeunes mineurs qui n’ont pas dormi dans la rue grâce à eux. Il retrouve dix mineurs, dont un nouveau arrivé à Marseille, il y a deux jours, qu’il ne connaît pas. Il demande à x et y, l’un de Guinée l’autre du Mali, s’ils sont d’accord pour être logés ensemble chez la même personne. « Elle habite près de la Plaine ». Il les y accompagnera. Avant d’embarquer chez lui ceux qu’il héberge « d’autant que ma colocataire est absente en ce moment ». Avant de venir récupérer un peu plus tard une très jeune Afghane, « elle avait vraiment l’air d’avoir 15 ans avec ses tresses… ». Confinement et sorties des confinements ? « En fait ça n’a pas changé grand-chose. Cette année on a logé, pour un ou quelques jours, près de 450 minots ».
Interrogés, les deux policiers devant la porte du commissariat qui ont dit à Romain qu’ils ne disposaient « d’aucune place ce soir » confirment : « Covid ? Confinements ? Rien, c’est toujours pareil, il y a toujours des jeunes à loger le soir ». J’insiste : « avec la sortie du confinement cela s’est-il ralenti ? ». « C’est toujours pareil je vous dis… ! ».
Des batailles à venir
Jeudi soir 18 h, le Réseau Hospitalité – qui rassemble des acteurs et militants de l’accueil des réfugiés dans la région – se réunit au Théâtre de l’Œuvre. Première réunion publique depuis des mois grâce à la sortie – partielle – des confinements. Masques sur le menton, cigarettes, on se cogne les poings pour ces retrouvailles, quelques rares baisers. L’ordinaire de ces infatigables associatifs, mis à part que ce soir on observe plus de sourires que d’habitude.
La réunion devant une salle à peu près remplie de 50 personnes, confirme la chose : la question du logement reste majeure à Marseille et ces acteurs le soulignent à chacune de leurs interventions. Même s’ils disent que, durant les confinements, l’État a « un peu plus respecté la loi pour les sans abri et a repoussé les expulsions », ils reprennent leur antienne : « Ce qu’on demande, c’est juste la loi. Qu’elle soit appliquée ! ». Margot Bonis, du Réseau Hospitalité recense les questions, et annonce la suite : « Les batailles juridiques et ça, c’est long ». « Les batailles sont futures », reprend Christine de l’AFAS quand Romain rappelle le travail mené par Ramina.
Jean-Yves raconte alors comment l’Auberge marseillaise s’est créée durant la crise sanitaire « qui a stimulé nos réseaux », assure-t-il. Sept associations différentes, qui agissent souvent pour, et avec des femmes en difficulté, se sont installées à leur manière dans le quartier de Bonneveine, devenu un « lieu d’expérience » qui héberge 60 femmes et enfants et font tout ensemble « la santé, les papiers, mais la cuisine – et ça aussi, c’est important ». Jean-Yves le souligne à sa manière un peu ironique : « On a constaté que l’accueil fait du bien, sans règlement intérieur, avec le principe d’horizontalité ». Cette Auberge créée si récemment va durer : encore une chose que la sortie des confinements ne va pas changer !
Retrouver l’énergie
À la fin de la réunion, Martine m’explique que les « réseaux ont continué, au premier confinement. D’autant que beaucoup de gens ont réalisé qu’il y avait des gens sans maison : ils les ont vus parce qu’il n’y avait plus personne dans la rue, sauf eux ! Et ça en a motivé certains. Mais on a aussi constaté des trucs : les gens dans la rue qui nous appelaient ne pouvaient plus le faire parce qu’ils ne pouvaient même pas recharger leur téléphone ! ».
Ce qui restera de ces douloureux moments ? « Souvent les gens sont fatigués, ils n’ont plus la même énergie qu’avant, on verra ». Son amie est un peu plus optimiste : « Il y a eu un sursaut citoyen et on a fait des réunions mi visio/mi en présence qu’on va garder. Et puis ça a créé des connivences. Je crois qu’elles seront durables – d’autant que l’État en a profité parce qu’ils voyaient bien qu’on faisait ce qu’il ne veut pas faire ».
Bilan très subjectif de ce qui restera pour les associations à la sortie de la période ? En ressort une idée qu’avait soulignée Noémie, l’adolescente rencontrée lors de la première chronique : les questions climatiques, sociales, politiques n’auront pas beaucoup changé. Les difficultés resteront les mêmes. Certaines aggravées, pour les syndicalistes par exemple, qui craignent que le travail « en distanciel » affaiblisse leur indispensable travail quotidien d’implantation. D’autres identiques. À moins que les sourires des retrouvailles (« Enfin, ça faisait quand même longtemps !« ) n’aident un peu ces acteurs à se remettre au boulot. En présentiel…
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