Le parcours d’obstacles des élèves du parc Bellevue vers leur nouvelle école
Ce mercredi, les parents d'élèves et enseignants de l'école Bellevue organisaient une marche de reconnaissance vers le chantier de l'école Jolie-Manon, qui doit servir de site d'accueil durant les travaux de rénovation. Elle est située à 25 minutes à pied de la cité.
Le contexte
Ceci est un test de Julien A. Le lien suivant devrait s'afficher mais il ne s'affiche pas. S'affiche-t-il ?
Le rendez-vous est plutôt inhabituel, dans la pénombre du petit matin qui pointe, à l’école Bellevue, ce mercredi. Normalement, les enseignants soufflent un peu et les parents jonglent entre les activités sportives et les devoirs. Mais, désormais, il y a urgence. L’école de la cité de Saint-Mauront est appelée à être rénovée de fond en comble dès la rentrée 2025. En décembre, les parents avaient demandé la possibilité d’utiliser la cité scolaire internationale Jacques-Chirac le temps des travaux. Le président de région, Renaud Muselier, s’y était dit favorable, emboîtant le pas de la Ville. L’hypothèse a fait long feu…
« Le jour de l’audience avec le directeur académique, le propos a été très clair. Il n’était pas question de déroger au fonctionnement de la cité scolaire internationale. C’était violent« , se souvient Sandia Mbae Ali, une des déléguées de parents d’élèves. Si la cité scolaire est censée recruter un tiers de ses élèves dans les arrondissements centraux, elle n’a pas été conçue pour servir de site-tiroir pour les établissements du quartier en rénovation.

Les élèves et parents d’élèves se préparent au départ. (Photo : B.G.)
« Le trajet n’est pas adapté à des enfants en bas âge »
Depuis, une nouvelle solution s’est faite jour avec le site de Jolie-Manon, rue Loubon, entre Saint-Mauront et la Belle de Mai. « On a fait le trajet avec le directeur de l’école et l’adjoint au maire, Pierre-Marie Ganozzi, poursuit la mère d’élèves. Aujourd’hui, nous voulons leur démontrer que le trajet n’est pas adapté à des enfants en bas âge. »
L'école Jolie-Manon est située à plus d'un kilomètre de la cité : deux parcours distincts permettent de la rejoindre. Le plus direct chemine par la butte Bellevue et enjambe la voie ferrée. Le plus plat est plus long et emprunte le boulevard National. "Il y a un bus, le 89, qui permet de faire une partie du parcours, mais il n'a pas la fréquence nécessaire pour transporter plusieurs centaines d'élèves de maternelle et de primaire, accompagnés de leurs parents", poursuit la déléguée.
Un chantier en deux phasesLes travaux s'échelonneront sur deux temps, qui excluent les périodes estivales. La première tranche, qui concerne donc Saména, mais également le port de l'Escalette et les deux calanques qui l'entourent (des Trous et du Mauvais Pas), s'étalera sur sept mois, de septembre 2025 à mars 2026. La deuxième tranche, qui durera également sept mois et débutera en septembre 2026, traitera, elle, les dépôts situés dans le vallon de l'Escalette et entre les Goudes et Callelongue. Pour la première tranche, les services de l'État ont dénombré sept dépôts. Treize pour la seconde. Ce traitement pourra se faire de deux façons : un retrait des terres polluées ou un confinement de celles-ci. À titre d'exemple, dans la calanque de Saména, environ mille mètres cubes de résidus doivent être extraits, avec une pelle ou une "aspiratrice". Un site internet a été mis en ligne par les pouvoirs publics pour suivre l'avancée des travaux.
L'exercice du jour consiste à montrer les difficultés de cheminement à l'heure de l'entrée en cours, avant une nouvelle audience avec le directeur académique, le 29 janvier prochain. "L'idée est de leur faire comprendre les difficultés rencontrées par les parents et d'obtenir en réponse des aménagements", suggère une enseignante qui accompagne ce pédibus revendicatif.

Le cortège quitte la tour B. (Photo : BG)
Queue-leu-leu et slalom sur les trottoirs
La trentaine d'enfants et de parents décident de commencer le cortège depuis les étages de la tour B qui domine le quartier. "Cela permet de faire comprendre aux pouvoirs publics qu'accompagner ses enfants à l'école, cela commence à partir de l'immeuble, raconte un habitant. Au bâtiment B, on n'a plus d'ascenseur depuis des mois." Un père explique qu'il a pris l'habitude de porter sa fille sur son dos pour descendre les étages après qu'elle s'est blessée au pied. La descente d'escalier, parfois dans le noir faute de minuterie, est donc à ajouter aux difficultés d'accès à l'école.
Le cortège d'élèves et de parents s'étire ensuite dans la cité pour rejoindre la rue Félix-Pyat, qui donne son nom au quartier. Tout le monde à la queue-leu-leu dans l'étroit goulet laissé par le parking surmonté de barbelés du commissariat. Il faut ensuite slalomer sur les étroits trottoirs. La jeune Nour en profite pour distribuer des chewing-gums "fraise-menthe" à ses petits camarades.

Rue Félix-Pyat, la limitation en zone 30 est purement théorique. (Photo : B.G.)
Premier obstacle avec la traversée de la rue Guichard. "Vous voyez comme c'est dangereux. Ici, le passage protégé est totalement effacé et les voitures ne s'arrêtent pas", pointe Cekfo Mujkic, qui accompagne son fils Lucas, élève de CM1. Le trottoir devient plus étroit encore quand il approche la rue Gaillard. Le cortège passe en file indienne. Nawel Bouassa peine avec ses deux bambins dans une double poussette. L'an prochain, ils seront tous les deux en maternelle. "J'ai peur pour leur santé, explique la jeune mère. J'ai déjà perdu un fils à cause de l'asthme. Mes deux enfants sont touchés. Je ne sais pas comment je vais faire, matin et soir."

La montée vers l'escalier Bellevue multiplie les obstacles. (Photo : BG)
Un périple long et périlleux
Le voyage devient périlleux quand il aborde les coteaux de la butte Bellevue qui sépare Saint-Mauront et la Belle de Mai. Un petit escalier pentu grimpe jusqu'au plateau populaire, en obligeant à slalomer entre les crottes de chien. Les enfants surjouent l'effroi. Les parents et enseignants se mettent en quatre pour monter la double poussette de Nawel Bouassa. Une fois passé le pont qui enjambe la voie ferrée de la Belle de Mai, la rue Loubon apparaît avec, en fond, le chantier de l'école Jolie-Manon.
Le périple est loin d'être terminé puisqu'il faut ensuite se frayer un chemin au milieu des voitures garées sur le trottoir, à peine assez large pour permettre à deux personnes de passer. Cekfo Mujkic secoue la tête : "Moi, je ne laisse pas mon fils passer par là pour le pleurer des années ensuite s'il y a un accident. Ce sont des enfants, vous ne savez pas comment ils peuvent réagir."

Le chantier vers l'école Jolie-Manon apparaît à l'horizon. (Photo : BG)
Comme beaucoup de parents, il réclame un service de car à la carte. Une solution écartée par la Ville. "On a déjà essayé et on a plutôt un mauvais retour d'expérience, constate Pierre-Marie Ganozzi, l'adjoint aux écoles, qui a testé les différents itinéraires avec le directeur et des parents d'élèves. L'itinéraire qui passe par la colline Bellevue a l'avantage d'être plus apaisé, même s'il demande à être mieux balisé et ne peut pas être praticable pour les plus petits. En passant par le boulevard National, c'est beaucoup plus bruyant, il y a plus d'incivilités avec des voitures mal garées, mais c'est faisable à pied."

Arrivée du cortège Rue Loubon. (Photo : BG)
Vers un service de bus renforcé ?
L'adjoint se dit prêt à appuyer une demande de service renforcé de la ligne 89, le matin et le soir. Cela permettrait d'amener les enfants jusqu'à l'entrée de la rue Loubon et on pourrait sécuriser le cortège avec des accompagnateurs. Il plaide également pour de nouveaux aménagements rue Loubon. "Il faut au moins un feu tricolore, un ralentisseur et un passage protégé en plus de trottoirs élargis et d'un passage de la police municipale", énumère-t-il.
Les enseignants plaident pour une adaptation du temps d'accueil qui prenne en compte l'éloignement de la cité, ainsi que la gratuité de la cantine pour éviter de trop nombreux allers et retours. "Ce qu'on craint, c'est que nos conditions d'accueil aient des effets sur la fatigue des élèves, leur attention, mais aussi sur l'assiduité en cours", s'inquiète une enseignante. Contacté à ce propos, le rectorat n'a pas pu nous apporter de réponse sur ces points. Réunis devant le portail du futur groupe scolaire Jolie-Manon, les parents d'élèves regardent la vue d'architecte qui montre un fronton d'école neuf et une vaste esplanade.
Pour l'instant, le parterre boueux est défoncé par le passage des camions. Des ouvriers font gentiment signe de décamper pour laisser passer les engins. Le cortège enfantin repart donc en sens inverse par le boulevard National et les terrasses des salons de thé. À l'arrivée à l'école Bellevue, il tombe nez à nez avec un autre groupe de visiteurs. Un responsable de la société publique des écoles montre le site aux entreprises qui vont candidater pour la rénovation. Les marchés étaient suspendus le temps de trouver un site pour loger tous les enfants.
Cet article vous est offert par votre établissement
Marsactu est un journal local d’investigation indépendant. Nous n’avons pas de propriétaire milliardaire, pas de publicité ni subvention des collectivités locales. Ce sont nos abonné.e.s qui nous financent.
ceci est un test de commentaire
Se connecter pour écrire un commentaire.
test
Se connecter pour écrire un commentaire.
Test Victor
Se connecter pour écrire un commentaire.